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Un centre soigne les accros d’internet

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Ce radiologue dont le prénom a été changé est en thérapie pour se désintoxiquer d’internet au Cisa (Centre intermédiaire de soins en addictologie) de Constantine, à 450 km à l’est d’Alger.

Ce centre est le premier du genre en Afrique et troisième dans le monde après la Corée du sud et la Chine (dans le secteur public), précise son directeur Raouf Boughefa. Ouvert en 2012 pour traiter les addictions à la drogue, l’alcool et le tabac, il accueille depuis l’an dernier des patients de 13 à 63 ans accros à internet, Facebook, Instagram ou Twitter. Les personnes conscientes de leur addiction y ont droit à une thérapie de soutien moral, avec des exercices de relaxation à effectuer quand le manque se fait sentir.

Le déni est traité par la thérapie cognitive et comportementale. Le patient, après une série de tests, raconte ses journées au praticien qui l’aide à «prendre conscience de son addiction puis à changer de comportement», explique Sihem Hemadna, psychologue. Au départ, deux séances de 45 minutes par semaine sont nécessaires, plus une séance de thérapie de groupe de plus d’une heure qui se déroule dans «la salle bleue» en présence de l’équipe soignante.

Le reste du temps, le patient peut prendre part à un atelier de dessin, une séance d’ergothérapie ou se rendre à la bibliothèque du centre pour reprendre goût à la lecture. Les portes du Cisa, dont plusieurs murs sont couverts de dessins de patients, sont ouvertes cinq jours par semaine. Il faut six à huit mois, voire une année, pour reprendre entièrement sa vie en main.

Une drogue

C’est ce difficile processus que suit Fayçal, dont la vie familiale a été ruinée par cette «drogue des temps modernes». Marié et père de deux enfants, cet homme de 48 ans a commencé, sans s’en rendre compte, à se retirer de la vie familiale. «Au début, je cachais à ma femme que j’allais au cybercafé de 16h à 20h, puis en rentrant à la maison, je m’enfermais dans la chambre face à l’écran jusqu’à 5h du matin», se souvient-il.

«J’avais des migraines terribles à cause de l’écran et mon acuité visuelle a diminué», relate Fayçal avec amertume, en ajoutant qu’il manquait d’appétit, n’avait plus de vie sociale et ne pouvait plus travailler. «C’était une drogue. Je ne pouvais pas décrocher tout seul.» Un jour, au lieu de récupérer à la pharmacie les médicaments de sa mère malade, il va passer quatre heures au cybercafé. Auparavant, il avait oublié d’aller chercher sa fille. «Ma femme a décidé de divorcer.

Je devais choisir: ma famille ou internet.» Après ce déclic, Fayçal entame une thérapie fin 2016 et rencontre d’autres personnes dans son cas. «Nous avons échangé nos expériences. C’est une bouée de sauvetage», admet-il, soulignant la nécessité d’être aidé par des professionnels pour décrocher. Aujourd’hui, Fayçal ne se connecte plus que cinq heures par jour et ne va plus au cybercafé. Sa situation personnelle et professionnelle s’est améliorée mais il se retrouve sous traitement pour une migraine chronique. Irritabilité Après la mort de son mari, Myriam, 42 ans, a fait une dépression.

Internet est devenu son seul passe-temps. Encouragée par sa famille, elle s’est rendue au Cisa. «Maintenant, elle espace ses connexions et dort plus tôt», se réjouit sa psychologue. En cas d’impossibilité de se connecter, la personne est en manque et présente des signes d’irritabilité, relèvent des praticiens du Cisa. En dehors du travail, plus de 38 heures de connexion par semaine est synonyme d’addiction.

«Près de 80% des signes d’addiction à internet et à la drogue sont similaires», note Mme Hemadna. Les praticiens du Cisa regrettent l’absence d’études épidémiologiques sur cette addiction, qui n’est pas encore considérée comme maladie par l’Organisation mondiale de la santé. Pour eux, la sensibilisation et la prévention sont les maîtres mots dans la lutte contre ce fléau. Mais la tâche s’avère particulièrement difficile dans un pays où les loisirs sont peu nombreux --voire inexistants dans certaines régions--, particulièrement pour les filles.

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