LCA - Quelles conséquences économiques pour la France ? (2)

Quelles conséquences économiques pour la France ?

Le «Brexit»

Quelles conséquences économiques pour la France ? (2)

Par:  Patrick Allard

Pour la France, les conséquences du Brexit seront modérément négatives au plan macroéconomique. La France peut espérer bénéficier de la relocalisation de certaines activités financières obligées de quitter Londres. Mais les gains, aléatoires, ne compenseront pas les pertes à attendre dans d’autres secteurs.

L’économie fran- çaise pourrait aussi être affectée par l’altération du rôle de Londres comme hub financier pour la zone euro et l’UE en général. Ce serait le cas si le Brexit débouchait sur la remise en cause du système de « passeport européen ». Les banques françaises sont un nœud important du réseau international des crédits et des emprunts en euro centré sur Londres. Elles ont les plus importants encours d’actifs et de passifs de l’UE hors ceux de leurs contreparties au RU.

Leurs passifs auprès des banques localisées à Londres, plus importants que leurs actifs, représentent 40% de leurs passifs interbancaires mondiaux, une proportion qui a progressé de 10 points depuis 2007 (début de la grande crise financière). Paris a fait savoir sans délai son souhait d’accueillir les activités financières londoniennes à la recherche d’une nouvelle localisation (Tired of fog, try the Frogs). Vivement souhaitée par Paris, la localisation des chambres de compensation en euro dans l’UE maintenue pourrait priver Londres de son écrasante domination sur les marchés européens de produits dérivés. Elle implique des modifications de la législation européenne mais elle semble acquise à courtmoyen terme, ne serait-ce que pour des motifs de stabilité financière.

Des mesures d’accueil, notamment fiscales, ont été annoncées par le gouvernement ainsi que par la Ville de Paris et la région Ile de France. La France a l’avantage de disposer d’un secteur bancaire et financier plus important et plus différencié que les concurrents potentiels de Paris, Francfort, Amsterdam ou Dublin. La contribution des services d’intermédiation financière à la valeur ajoutée nationale y est plus forte qu’en Allemagne, quoique moindre que dans des pays plus petits (Pays-Bas, Irlande).

Avec plus de 250 000 emplois dans les services financiers , Paris dépasse largement Francfort (80 000), Amsterdam (55 000) ou Dublin (20 000). Il n’est pas acquis que le Brexit et la perte de privilèges d’accès au marché continental européen suffiraient à porter un coup fatal à la place de Londres. Le rôle de Londres comme hub financier européen et mondial a précédé de longtemps l’entrée du RU dans l’UE. La concentration des activités financières à Londres constitue un écosystème particulier, fondé sur des effets de réseaux générateurs d’économie d’échelle et de gamme, vraisemblablement capable de survivre en s’adaptant à des règles nouvelles.

Aucune des places financières du reste de l’UE ne dispose d’une taille (mesurée par les capitaux ou l’emploi) ni d’une diversité comparable, même lointainement, à Londres. La constitution, quasi exnihilo, d’une alternative à Londres en France ou en Allemagne est théoriquement concevable, mais elle impliquerait un effort collectif de grande ampleur et dans la longue durée. On n’imagine guère quel pays continental pourrait l’animer politiquement et le porter financièrement, sans la participation active des acteurs nationaux et internationaux du secteur, laquelle n’est pas assurée tant que les conditions du Brexit resteront indé- finies. En outre, elle buterait vraisemblablement sur des obstacles soulevés par les rivalités au sein de l’UE.

Le retrait britannique de l’UE affectera le budget français au travers de son impact sur le budget européen. Cet impact dé- pendra des arrangements post-Brexit négociés. Un départ pur et simple priverait le budget européen des ressources nettes ré- glées par le RU, soit environ 8 Mds d’euro, après déductions du « rabais » et des dépenses de l’UE sur le territoire britannique. Des arrangements postBrexit moins b r u t a u x , à l’image de l’accord entre l’UE et la Suisse ou l’adhé-sion du RU à l’Espace économique européen (EEE) devraient comporter des versements du RU au budget européen, en baisse par rapport aux versements actuels.

Selon une évaluation du Sénat .l’économie résultant d’une sortie de l’Union serait comprise entre 760 millions d’euros et 4,6 milliards d’euros – soit entre 0,03 et 0,18 % du PIB – selon que le pays rejoint l’EEE ou établit une relation bilatérale proche de celle de la Suisse. A dépenses constantes, les pays de l’UE maintenue auraient à s’accorder sur la répartition des recettes nouvelles nécessaires et sur la révision des règles de plafonnement des contributions finançant le « rabais » britannique, devenues en principe sans objet.

Selon l’évaluation du Sénat, la France pourrait supporter une hausse de sa contribution au budget de l’Union du fait du report de la contribution britannique, mais verrait la charge supportée au titre du « rabais britannique » disparaître ou du moins baisser. Ainsi, la charge additionnelle découlant d’une évolution de sa contribution au budget de l’Union pourrait être comprise entre + 1 Md d’euros (OMC), + 500 mns d’euros (accord bilatéral) et – 200 mns euro (EEE). En l’absence d’une remise en cause des mesures dé- coulant du « rabais sur le rabais britannique », la charge budgétaire de la France pourrait s’alourdir de 1,5 Md d’euros dans le scénario OMC.

Lu 355 fois Dernière modification le samedi, 29 avril 2017 20:40

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