LCA - Voyage à risque pour certains, d’espoir pour d’autres

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Macron demain à Alger

Voyage à risque pour certains, d’espoir pour d’autres

Par:  Reda Hadi

La visite que Macron va effectuer demain en Algérie va revêtir un cachet particulier. Le président français se targue d’être un enfant d’une génération qui n’a pas connu la colonisation. N’ayant aucun contentieux de mémoire, le président français va-t-il oser réitérer ses propos de candidat, et condamner les crimes contre humanité commis par la France ? Le devoir de repentance est le sujet sensible des Algériens qui y attachent une grande importance.


Emmanuel Macron avait suscité la polémique en France pendant la campagne présidentielle en qualifiant, lors d’un déplacement en Algérie, la colonisation française de «crime contre l’humanité». Un mois après sa prise de fonctions en mai, M. Macron s’était rendu au Maroc, voisin et rival, et il avait fait part de son intention de se rendre «rapidement» à Alger. Cette visite en Algérie du président français a été évoquée à plusieurs reprises ces derniers mois, sans jamais se concrétiser jusqu’ici.

Dans la liste des sujets hautement inflammables, susceptibles de provoquer, dès leurs énoncés, des frictions, scissions, pétitions, l'Algérie tient une place de choix. La France a quitté l’Algérie en 1962 mais reste obsédée par elle, dans un continuel ressac des «mémoires dangereuses» décrites par l'historien Benjamin Stora et des proximités multiples ironiquement soulignées par le romancier Boualem Sansal. On le vérifie encore ces temps-ci avec la réapparition dans le débat politico-médiatique du mot «colonisé», porté à son incandescence, et mis au goût d’un nouveau jour par Emmanuel Macron.

Macron pour une visite de travail

Entre desseins économiques et devoir de repentance, ce voyage est jugé à risque par beaucoup d’observateurs français. Les dérapages du président français lors de sa tournée en Afrique sont encore vivaces dans la classe politique de l’Hexagone.

Voulant éviter à tout prix la polémique, Macron, selon des sources de l’Elysée citées par la presse française, tentera d'écrire une nouvelle page de l'Histoire de la France avec l'Algérie. Cependant, une telle chose n'est pas facile à faire. Il fera donc face à un défi de taille. En effet, le déplacement d'un chef d'État français en Algérie s'accompagne toujours d'un peu de pression. Et pour cause, certaines grandes phrases de l'Histoire de la France ont été écrites depuis Alger. Alors, ce déplacement d'Emmanuel Macron en Algérie est-il un voyage à risque ? Et surtout, va-t-il réussir à dépasser le passé entre les deux nations ? Alger a-t-elle besoin de lui rappeler ses propos «C’est un crime contre l’humanité, une véritable barbarie et cela fait partie de ce passé que nous devons regarder ensemble en présentant aussi nos excuses envers ceux et celles contre lesquels ce geste a été commis». Dixit Macon

L’équilibre de Macron sera difficile à maintenir, entre son désir de se démarquer de ses prédécesseurs, et son image du «Obama» européen.

Reste que cette visite reposera essentiellement sur les attentes des Algériens. Celui que le Président Bouteflika avait qualifié d’ami de l’Algérie, ira-t-il à contre-courant de la droite dure française, et profiter de cette escale avant de s’envoler vers le Qatar pour répondre au désir de l’Algérie de reconnaître officiellement les actes de barbarie commis durant la colonisation. Un sujet sensible auquel les Algériens y attachent une attention toute particulière, d’autant que l’Algérie n’a jamais réclamé d’indemnités, mais juste une reconnaissance officielle. La question mémorielle est et sera au centre de toutes les discussions entre la France et l’Algérie. Et ce n’est qu’une fois cette question réglée, quel que soit le président français, que les relations entre ces deux pays seront apaisées.  

De plus, cette visite n’est pas considérée comme une visite d’Etat, mais bien comme une visite de travail.

Rappelons enfin que le déplacement qu’effectuera le président français a été qualifié de «visite de travail» par l’Agence gouvernementale APS qui évoquait une source officielle. Explicitement, cette qualification implique que cette visite ne s’effectue pas à l’invitation de la partie algérienne auquel cas, la dénomination donnée aurait été «visite officielle». La divulgation de la date de son arrivée a d’ailleurs été faite par Macron au cours d’un bain de foule à Tourcoing.

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